
Tout commence en 2002 avec un voyage de noce. Après une cérémonie émouvante face aux champs de roseaux de la Petite Camargue et une fête mémorable entourée des murs vénérables de l’Abbaye de Franquevaux, les jeunes mariés et leur fille s’évadent pour 3 semaines. Destination : les Parcs nationaux des États Unies. Les sensations furent inoubliables. Des paysages sans fin, là, depuis des millions d’années : Sand Dunes, des dunes de sable à la limite d’un désert plat et au pied d’une chaîne de montagnes ; Arches, des portails gigantesques et sculptures d’un équilibre fragile, le tout creusé dans la pierre par l’érosion du vent et de l’eau ; Le Grand Canyon, qui met à nu 1/3 de l’histoire géologique de notre planète…
Chaque nuit, nos voyageurs plantent leur tente dans les campings des Parcs en compagnie des ours et des scorpions ( par ailleurs très confortables et conviviaux). L’immersion est presque totale et l’humilité les gagne devant cette expérience de la dimension hors temps de notre planète. Enfin, un jour sur la route, sans virage sur 75 miles, vers Monument Valley, ils aperçoivent un panneau indiquant le chemin vers les Earthships (vaisseaux terrestres). Ils ne sont pas pressés et quittent la voie tracée pour voir ce qui se cache derrière un tel nom.
La découverte est étonnante. Après quelques miles sur un chemin de terre surgissent du désert des bâtiments d’une allure lunaire, à moitié enterrés et dotés d’ équipements high-tec. Il fait 40° à l’ombre, soit 55 au soleil. Mais à l’intérieur, une agréable fraîcheur les accueille. La climatisation ? Loin de là. Une charmante dame les renseigne. Le climat intérieur de ces maisons est déterminé par des masses thermiques très lourdes. On peut dire, que le bâtiment est connecté à la profondeur de la terre ou la température est constante autour des 14 à 16°. Ensuite il suffit de limiter les apports thermiques de l’extérieur pour stabiliser la température de l’intérieur à un niveau confortable. Ensuite elle explique que les earthships ne sont pas raccordés aux réseaux et qu’ils produisent leur propre électricité et même de l’eau en plein désert. Michael Reynolds, l’architecte, développe ce système constructif depuis les années 70. Aujourd’hui il existe des milliers de vaisseaux terrestres, mais surtout dans des sites isolés qui ne manquent pas sur le continent américain.
De retour en France, nos mariés retrouvent les murs épais et rafraîchissants en été de leur abbaye. Mais la graine est plantée et Monsieur commence à se renseigner sur l’approche environnementale dans la construction en Europe. Il découvre la démarche HQE et les maisons passives allemandes, le quartier Vauban de Fribourg et Bedzed à Londres. Il doit également constater que les conférences et les débats vont bon train en France, mais que les réalisations ambitieuses restent rares. Il décide donc de lancer un premier projet : construire des earthships en France.
Riches de leur expérience avec des appartements de vacances de l’abbaye cistercienne, ils développent un concept d’une résidence touristique. La proposition déclenche de la curiosité, mais après trois mois de recherches, ils doivent se mettre à l’évidence : construire des maisons avec des vieux pneus n’est pas facile à défendre dans le pays du parpaing et de la villa néo-provençale.
Ils décident de mettre le projet en veille et d’aménager un dernier gîte dans leur abbaye. Mais l’idée des maisons écolos ne les quitte plus. Un an plus tard ils ressortent les dossiers pour un nouvel élan. Et ils s’y prennent autrement cette fois. Construire des maisons très économes en énergie, avec des matériaux renouvelables, mais avec un système qui serait acceptable pour la culture architecturale française. Le projet s’enrichit par les rencontres avec des particuliers et des professionnels. Ils ouvrent la réflexion aux domaines de l’urbanisme (habitat groupé) et de la reproductibilité des solutions. Après un an de préparation, le nouveau projet est écrit. Des professionnels expérimentés rejoignent l’équipe (architectes, BETs) et le bébé est baptisé : Toits de Choix vient de naître.
Commence alors le ballet des rendez-vous. La réaction de nos interlocuteurs est très différente cette fois. Tout le monde nous encourage de passer à l’action, de franchir le pas. Il y a quelque chose dans l’air. Les portes s’ouvrent, les réseaux se connectent. Malgré tout, la recherche d’un terrain adapté à notre projet touristique s’annonce difficile. En effet, nos exigences sont élevées en matière de qualité du paysage et la proximité des agglomérations.
Nous visitons aussi des terrains plus modestes et en situation urbaine. En mai 2007, nous réservons une parcelle à Nîmes qui semble parfaite pour une première réalisation : bonne exposition pour garantir une conception bioclimatique optimale, accessible, quartier tranquille et dimension humaine. C’est parti pour la Résidence Rietveld, le premier programme de promotion immobilière d’un immeuble collectif passif (ou presque, on verra) avec un bilan carbone équilibré, et doté de nombreux équipements d’énergie renouvelable.