Le rapport Stern
Le rapport Stern sur les impacts économiques du changement climatique constitue un événement politique majeur.
Pour la première fois, une équipe d’économistes commanditée par un gouvernement prend au sérieux les avertissements de la communauté scientifique et tente d’y apporter une réponse globale, inscrite dans une perspective de long terme. L’exercice est impressionnant.
La «vérité qui dérange» a maintenant un prix. Un rapport de Sir Nicholas Stern, conseiller économique du chancelier britannique Gordon Brown et ancien responsable des études économiques de la Banque Mondiale, annonce que le réchauffement planétaire va coûter 5 500 milliards d’euros à l’économie mondiale si rien n’est fait dans les dix prochaines années.
"Les risques des pires conséquences du changement climatique pourraient être considérablement réduits si l’on parvenait à stabiliser les niveaux de gaz à effet de serre dans l’atmosphère entre 450 et 550 ppm en équivalent CO2. Le niveau actuel est de 430 ppm en équivalent CO2 aujourd’hui et il augmente de plus de 2 ppm chaque année. La stabilisation dans cette fourchette exigerait que les émissions se situent au moins à 25 % en deçà des niveaux actuels d’ici 2050 et, qui sait, bien plus encore.
A terme, la stabilisation à quelque niveau que ce soit exige que les émissions annuelles soient ramenées à plus de 80 % en deçà des niveaux actuels...
...Utilisant les résultats de modèles économiques officiels, la Revue estime que si l’on ne réagit pas, les coûts et les risques globaux du changement climatique seront équivalents à une perte d’au moins 5 % du PIB mondial chaque année, aujourd’hui et pour toujours. Si l’on prend en compte un éventail plus vaste de risques et de conséquences, les estimations des dommages pourraient s’élever à 20 % du PIB ou plus." rapport Stern (version française à télécharger)
36 790 euros par personne
Selon le scénario BAU (buiseness as usual, ou si rien ne changerait) le coût pourrait prendre des dimensions apocalyptiques et dépasser celui des deux guerres mondiales cumulées. Pour Downing street (le Matignon britannique), l'événement de publication du rapport pourrait être un tournant décisif de la politique internationale.
Au-delà de la récession mondiale certaine, 200 millions de personnes deviendraient des réfugiés à cause de la sécheresse et des inondations provoquant ainsi la plus grande vague migratoire de l’histoire moderne. Le prix pour empêcher une telle catastrophe humanitaire et éviter que la facture ne se multiplie par 20 a été estimé par Sir Nicholas Stern a 1% du PIB annuel mondial, soit 275 billions d’euros. Les 6,5 milliards d’habitants de la planète devraient ainsi débourser chacun environ 36 790 euros.
Augmenter les taxes pour payer le prix
L’urgence est telle qu’un nouvel accord sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, qui se veut plus efficace que Kyoto, devrait voir le jour dès l’année prochaine et non en 2010-2011 comme prévu. Cette volonté s’explique par le refus du gouvernement Bush de signer le protocole de Kyoto et les émissions galopantes chinoises qui ont quasiment rattrapé celles des Etats-Unis.
«La nécessité d’action est urgente» estime Sir Nicholas Stern qui rappelle que la réponse doit être «mondiale mais aussi individuelle» dans les habitudes domestiques. Selon lui, les taxes sur la voiture et l’avion doivent augmenter et d’après le quotidien «The Observer» le ministère de l’environnement britannique aurait déjà proposé à Gordon Brown une série d’augmentation des taxes sur l’environnement.
Mais attention : alors que le changement climatique est défini d’entrée de jeu comme « le plus grand et le plus large échec du marché jamais vu jusqu’à présent », les solutions mises en avant par Sir Nicholas Stern et son équipe se résument en une formule : plus de marché, plus de croissance, plus de mondialisation néolibérale... Cherchez l’erreur... Et posez-vous la question : qui paiera la note ?
Néanmoins pour une fois la chose économique sert aux défenseur de la cause planétaire. On peut considérer ce rapport comme une imposture, mais il s'agit peut-être d'une imposture indispensable.